UNION EUROPEENNE ET FAST FASHION
- dlemoine1cl
- 1 mars
- 5 min de lecture
Les réticences de l'Union Européenne (« UE ») à propos de la « fast
fashion » touchent plusieurs aspects économiques, environnementaux et
sociaux.
Voici quelques points clés :
1. Problèmes commerciaux
Importations massives : La Chine est un des principaux fournisseurs de
vêtements pour la fast fashion en Europe. Les délais de livraison courts
et les prix bas rendent ces produits très attractifs, mais les fabricants
européens peinent à les concurrencer sur les prix.
Réglementations douanières : L'UE a mis en place des règles strictes
concernant les importations, mais la réglementation des colis individuels
en provenance de Chine peut parfois être floue, ce qui permet d'éviter
certaines taxes et normes.
En effet, l'Union européenne a instauré un cadre réglementaire rigoureux
pour les importations afin de protéger ses marchés, la santé publique,
l'environnement et la concurrence loyale entre les entreprises
européennes. Ces réglementations incluent des droits de douane, des
normes de sécurité, des exigences en matière d'étiquetage et des
restrictions sur certains produits.
a. Droits de Douane et Taxes
Lorsqu'un produit est importé dans un pays membre de l'UE, des droits
de douane peuvent s'appliquer. Ces droits sont calculés selon la valeur
du produit, son origine, et la catégorie sous laquelle il est classé dans le
tarif douanier. De plus, la Taxe sur la Valeur Ajoutée (« TVA ») est
généralement ajoutée au coût total du produit à la frontières. Le montant
de ces taxes varie en fonction de la nature et de la valeur des biens
importés.
b. Contrôles Sanitaires et Normes de Sécurité
Pour protéger la santé des consommateurs et l'environnement, l'UE
impose des normes strictes concernant les produits importés. Cela inclut
des réglementations sur les produits alimentaires, les dispositifs
médicaux, et les articles de consommation tels que les jouets et
l'électronique, mais aussi les vêtements. Les produits doivent souvent
être certifiés conformes avant d'être autorisés à entrer sur le marché
européen.
2. Les Colis Individuels en Provenance de Chine
Le débat devient plus nuancé lorsqu'il s'agit des colis individuels en
provenance de Chine, en particulier dans le contexte du commerce
électronique.
a. E-commerce et Envois de Petits Colis
Avec la montée en puissance du commerce électronique, des plateformes
telles qu'Alibaba ou AliExpress facilitent l'importation de petits colis
directement chez les consommateurs. Les réglementations douanières ne
sont pas toujours clairement définies pour ces envois de faible valeur, ce
qui peut créer des lacunes dans l'application des droits de douane et des
taxes.
b. Flou Réglementaire
Le flou entourant la réglementation des colis individuels provient de
plusieurs facteurs :
Valeur Bénéficiaire : Actuellement, des seuils d'exemption de droit de
douane peuvent s'appliquer à des produits d'une valeur inférieure à un
certain montant (par exemple, 150 euros), ce qui incite à l'importation de
plusieurs petits colis pour éviter des taxes plus élevées.
Identification des Produits : Les agents des douanes peuvent avoir des
difficultés à identifier correctement la nature et la valeur des articles, en
raison de la diversité et de la rapidité des échanges.
Modalités d'Évaluation : L'évaluation des envois, basée sur des
déclarations d'expédition parfois ambiguës, peut permettre à certains
importateurs d'échapper à la taxation correcte.
3. Conséquences Pratiques
Cette situation peut avoir plusieurs conséquences :
Concurrence Déloyale : Les entreprises européennes qui respectent les
réglementations sont désavantagées par rapport à des importateurs qui
exploitent les failles pour réduire leurs coûts.
Risques pour les Consommateurs : Des produits de qualité inférieure ou
non conformes peuvent entrer sur le marché, posant des risques pour la
sécurité des consommateurs.
Réactions Réglementaires : Face à cette situation, l'UE pourrait durcir
ses règles sur les petits colis, afin de mieux contrôler les importations et
veiller à l'équité en matière de concurrence.
4. Consommation et durabilité
Impact environnemental : La fast fashion encourage une consommation
rapide de vêtements, souvent de mauvaise qualité, qui sont jetés après
quelques utilisations. Cela contribue à une énorme quantité de déchets
textiles, posant des défis environnementaux majeurs pour l'UE.
Carbone et empreinte écologique : Le transport de ces marchandises de
la Chine vers l'Europe génère de grandes quantités d'émissions de CO2.
Cela va à l'encontre des objectifs de l'UE en matière de durabilité et de
réduction des émissions.
Dans le contexte actuel, l'Union européenne (UE) a établi plusieurs
objectifs clés en matière de durabilité et de réduction des émissions. Ces
objectifs font partie d'une stratégie plus large visant à lutter contre le
changement climatique et à promouvoir un développement durable :
a. Neutralité carbone d'ici 2050 : L'UE s'est engagée à atteindre la
neutralité carbone d'ici 2050, ce qui signifie qu'elle vise à réduire
les émissions de gaz à effet de serre (GES) à un niveau où les
émissions résiduelles sont équilibrées par des absorptions, par
exemple par le biais de forêts ou de technologies de capture du
carbone.
b. Réduction des émissions de 55 % d'ici 2030 : Dans le cadre du
« Green Deal » européen, l'UE a fixé un objectif de réduction des
émissions de gaz à effet de serre d'au moins 55 % d'ici 2030 par
rapport aux niveaux de 1990.
c. Transports durables : Promouvoir des modes de transport plus
durables, notamment en réduisant les émissions des véhicules, en
augmentant l'utilisation des transports publics et en favorisant les
infrastructures pour les véhicules électriques.
d. Économie circulaire : Encourager le passage à une économie
circulaire qui réduit le gaspillage, maximise le recyclage et limite
l'utilisation des ressources.
e. Énergie renouvelable : Augmenter la part des énergies
renouvelables dans le mix énergétique de l'UE, avec un objectif
d'au moins 40 % d'ici 2030.
f. Biodiversité et écosystèmes : Protéger et restaurer la biodiversité et
les écosystèmes pour renforcer leur résilience et leur capacité à
absorber les GES.
g. Investissements verts : Mobiliser des financements pour des projets
durables à travers le Green Deal et d'autres initiatives, afin de
soutenir la transition vers des économies plus durables.
h. Lutte contre la pollution : Réduire la pollution de l'air, de l'eau et
des sols pour améliorer la santé humaine et de l'environnement.
Ces objectifs sont souvent complémentaires et visent à transformer
l'économie de l'UE dans une direction plus durable, tout en tenant
compte des impacts sociaux et économiques des politiques mises en
œuvre. Les autorités européennes estiment que la fast fashion travaille à
l’encontre de ces objectifs.
5. Conditions de travail
Exploitation et droits humains : Les conditions de travail dans les usines
de fast fashion en Chine sont souvent critiquées. L'UE est sous pression
pour s'assurer que les produits importés respectent des normes éthiques
et de travail décent, mais le contrôle reste difficile.
6. Réaction de l'UE
Initiatives de durabilité : L'UE a lancé plusieurs initiatives pour
promouvoir la mode durable, incitant les marques à adopter des
pratiques plus responsables. Cela inclut des réglementations pour
améliorer la recyclabilité des vêtements et réduire les impacts
environnementaux.
Tarifs et taxes : L'UE pourrait envisager d'augmenter les tarifs douaniers
sur les produits de fast fashion importés de Chine pour soutenir les
fabricants européens et dissuader les pratiques commerciales déloyales.
Éducation des consommateurs : Les campagnes visant à sensibiliser les
consommateurs aux impacts négatifs de la fast fashion et à promouvoir
des alternatives durables (vêtements de seconde main, marques éthiques)
gagnent en popularité dans l'UE.
Conclusion
Le débat autour de la fast fashion et des importations en provenance de
Chine est complexe, impliquant à la fois des enjeux économiques,
environnementaux et sociaux. L'Union européenne est confrontée à la
nécessité de trouver un équilibre entre la libre circulation des biens, la
protection de l'industrie locale, et l'engagement pour la durabilité et les
droits humains.
Dominique Lemoine
Conseiller des Français de l’Etranger

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